LE PORTAIL VERT 1
LE PETIT SINGE
LEANE
LE PORTAIL VERT 1
LE PORTAIL VERT

Elle arrive en face du portail vert, Montebello quelle terrible épreuve l’attend derrière ce portail…Elle est comme figée devant ce portail d’où elle peut voir la maison blanc crème presque au bord de la route ; ce n’est pas une maison comme les autres du quartier elle est toute en angle, on dirait un blockhaus ouvert par de grandes fenêtres. Elle devine le poulailler loin derrière et elle entend d’où elle se tient les cris des dindons. Elle y a vécu des jours paisibles et d’autres plus souvent moroses mais sans problèmes majeurs pour elle : tout ça va changer, car elle va être obliger de leur dire, de leur avouer sa faute…sa faute d’amour. Son père n’est pas là car elle ne voit pas l’arrière de sa voiture, elle voit sa mère qui passe discutant avec la bonne dans le jardin, lui donnant sûrement des indications pour plus tard, quand elle reviendra pour servir le dîner. Elles l’ont vu, et là sa mère lui demande en hurlant ce qu’elle peut bien attendre devant ce portail ; elle entre dans la propriété, elle ne sent plus ces jambes, c’est horrible chaque pas lui coûte. Elle espère disparaître à chaque pas qui la rapproche des deux femmes, elle passe la maison sur sa gauche et arrive sous la véranda qui sert de garage à la voiture de son père. Sa mère interloquée lui demande si tout va bien, puis plus rien, juste un brouillard dans sa tête d’où elle entend sa mère l’appeler : Marie, Marie ! Et elle sombre dans un gouffre si profond qu’elle n’entend plus rien et pire elle s’y sent en sécurité.
Quand elle revient à elle, malgré elle, elle voit le visage dur de sa mère au-dessus d’elle, elle éclate en sanglot… sans pouvoir articuler un mot pendant de très longues minutes. Elle s’entend ensuite dire à sa mère « je suis enceinte », elle sent à peine la gifle que sa mère lui assène, car elle continue d’expliquer, « il est noir et m’a laissée sans nouvelles dès le jour où je lui ai annoncé la nouvelle », sa mère ne dit plus rien, elle s’assied au bord du canapé où on l’avait étendue, et attend la suite… « Qu’est ce que je vais dire à ton père » dit enfin sa mère « sa fille est une catin qui traîne avec des noirs et en plus elle se fait engrosser par eux ! » « Oh non ! Je ne pourrais pas le supporter, il va te mettre à la porte d’ici ma fille…. Que vais-je faire de toi ?! Va dans ta chambre ! ».
Elle y court et attend pendant d’interminables heures. Quand son père arrive enfin, elle est assoupie ; elle est sortie de sa torpeur par des cries assourdissants de sa mère qui supplie son père de ne pas la frapper en lui promettant qu’il n’aura pas a supporter sa vue pendant sa grossesse : « elle restera à la maison de pointe a pitre, tu ne la verra jamais, et moi je resterais avec toi ici ».

Son père part au fond du jardin, elle le voit se diriger vers le poulailler ; elle voudrait presque redevenir une petite fille pour aller l’aider et que tout ça ne ce soit jamais passé. Sa mère rentre dans sa chambre en trombe et lui ordonne de préparer rapidement une valise avec le strict minimum car elle doit prendre le prochain transport en commun pour P à P où elle restera pendant sa grossesse, « je te ferais parvenir de quoi te nourrir, mais je t’interdis de quitter la maison Denise viendra te voir 2 fois par semaine pour le ravitaillement ». Elle est assise dans le bus, la tête par la fenêtre en essayant de penser à son avenir avec cet enfant… Arriver à P à P elle se dirige à grands pas vers la maison de ces parents, et une fois qu’elle est à l’intérieur elle s’y enferme à double tours, d’après ce que le médecin lui a dit ce matin il lui reste 7 mois à attendre…à attendre les deux visites par semaine de Denise la bonne : cela fait à peu près 7 fois 4 égal 28, et multiplié par 2, 56 ; elle aura 56 fois en 7 mois l’occasion de parler à quelqu’un, c’est déjà mieux que rien : elle s’effondre en larmes….

Pendant ces 7 mois son père est passé quelques fois, elle était toujours prévenue de son arrivé par les 2 coups de la voisine au plancher, aussi elle partait se terrer au fond de la maison là où elle savait qu’il ne viendrait pas ; quand il était saoul il lui parlait d’où il pensait qu’elle devrait l’entendre, tantôt des grossièretés, tantôt des mots d’un père qui avait perdu sa fille et qui regrettait d’avoir à l’oublier mais toujours à la fin il lui disait qu’il ne voulait plus la voir de sa vie.

Les 7 mois ne sont pas passer mais le bb est là, Marie ose à peine la regarder car elle a honte, même ça elle n’a pas su le faire bien, son bb est prématuré et va peut être mourir, elle l’a appelée Caline mais à l’état civil ils ont refusé donc ce sera Carine. Si tout va bien, dans quelques jours, elle sort avec son bb et ne sait pas trop où aller, personne n’est venu la voir ; elle va tout simplement rester à la maison de P à P si sa mère le lui autorise…c’est sûrement la meilleure solution. « Elle a l’air si fragile » se dit Marie en regardant son bb « et personne ne veut m’aider ». Le jour suivant, elle s’est assoupie quand le médecin rentre dans la chambre qu’elle partage avec une autre jeune fille mère comme elle, « Mlle F. vous pourrez sortir dès demain car tout va pour le mieux pour le bb et pour vous », c’est bien à elle qu’il s’adresse ; ce bb lui pèse, mais elle n’est pas assez courageuse pour l’abandonner, il faut qu’elle trouve où dormir demain et les jours qui viennent ; et surtout de quoi le nourrir, ce bb.
Dans la rue le lendemain elle st remplie de honte et de rancune envers ce petit paquet qu’elle tiens dans ces bras, tout les gens qui connaissent sa famille la regardent avec étonnement et des sourires entendus s’étale sur leur faces d’hypocrites, elle les hait eux, sa mère son père, lui, elle qu’elle tient dans ces bras, et elle-même Marie d’avoir été aussi bête ! Elle se rend à la maison de famille où elle est restée cloîtrée si longtemps. Le soir même son grand frère vient la voir et lui propose de la prendre chez leur demi-sœur avec l’enfant. Il l’emmène tout de suite. Le lendemain elle se sent revivre et sort voir ses amis et lorsqu’on lui demande où est son bb, elle repart en courant chez sa demi-sœur, elle l’avait déjà presque oublié ce bb pendant quelques heures. Mais en fait ce bb n’avait pas besoin d’elle car sa demi-sœur sans enfant semblait, elle, prendre plaisir à s’en occuper : Marie pouvait recommencer à vivre quel soulagement !
J’ai donc été élevée par ma tante qui demi-sœur de ma mère biologique, abandonnée elle-même par ma grand-mère, essaya tant bien que mal de me donner tout l’amour qu’elle pouvait. Marie ma mère eu un autre bb un an après moi, mon frère, avec un homme dont elle était fort éprise à cette époque ; puis elle eu une autre fille plus longtemps après, avec un autre homme ; ces deux là elle les garda avec elle et ne les laissa à personne….

CELINEHAUTEVILLE
08/12/03